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  • Cerbere

FIFI DU CALVAIRE / Donne-moi du mépris, je t’en fais de l’amour !

C'est à Lyon que nous avons rencontré fifi du Calvaire. Activiste et Drag Queen, navigue entre tutos sur Youtube et la scène Lyonnaise. Ensemble nous avons parlé de Drag, d'identité de prégugés et plus encore...



On imagine que tu es mec le jour et drag-queen la nuit. Comment tu t'organises ?

En résumé c’est ça, mais peut-être est-ce un peu plus nuancé… je perçois mon identité de genre comme mouvante, parfois plus « man passing » en effet, parfois moins. Je préfère dire « en civil » et « en habits » un peu comme une religieuse !


Tu as quel âge ?

J’ai 30 ans.


Comment fonctionne le « milieu » drags, comment ça s'organise ?

Je ne sais pas comment fonctionne

« le milieu drag » ou s’il existe vraiment. Il y a des groupes, des identités qui se rassemblent, mais je ne sais pas si on peut résumer ça à « le milieu drag ». Ça serait comme considérer qu’il y a 1 seul milieu gay, ou lesbienne ou tout autre identité socioculturelle, il y en a plein et elles ne s’entendent pas toutes forcément…


Lorsque tu es en drag, j'imagine que tu attires plus les regards.

C’est le but ! (entre autres)


Pour autant, te sens-tu plus « toi » lorsque tu es en drag ?

C’est un besoin ou une nécessité ?

Mon personnage de Drag Queen est comme un « moi augmenté », comme une évolution Pokémon ! Un grand bazar du genre où j’emprunte les codes de la féminité et m’en sers d’outil pour mon expression personnelle. C’est plus je dirais une pulsion !


Tu n'as jamais été confrontée à des réactions violentes de la part des gens ?

Oh si… d’ailleurs le soir où j’ai créé mon personnage ça a été un vrai choc. J’avais participé à un atelier Drag Queen dans un squat dans la banlieue de Lyon, dans le cadre d’un festival. Au petit matin, quand je rentre chez moi, je traverse la gare Part Dieu. Je me sens belle et fière (et un peu ivre) et alors que je catwalk, une jeune femme me prend à partie et m’insulte très violemment. Je lui demande alors tout sourire « tu veux me dire quelque chose ma chérie ? Exprime-toi, je t’écoute ! » Elle me suggère alors d’ « aller me faire enculer » ce à quoi j’ai répondu « que le ciel t’entende mon cœur ! » et je suis parti en faisant claquer mes talons. Qui était ridicule ? Certainement pas moi ! Cet échange a éveillé en moi une force qui a éteint la peur. Je suis très reconnaissante envers cette femme qui doit être bien malheureuse pour être aussi méchante. Ce n’est pas mon cas.





Ça t'est arrivé de te faire agresser physiquement ou verbalement ?

C’est assez rare en fait. On est souvent dévisagées, plus rarement insultées ou frappées. Il faut dire aussi qu’on impressionne quand on est dans la rue. Je dis « on » parce qu’avec mes sœurs du collectif Dragones nous ne sortons jamais seules. Nous respectons quelques règles de sécurité pour éviter justement ce genre de mise en danger. Si ça tourne au vinaigre, j’essaye de tourner ça à l’humour. Un agresseur est souvent désarçonné quand on se fout de sa gueule, ça marche assez bien mais il faut avoir le courage d’y arriver. Après, la rue, la nuit, les clubs restent des endroits dangereux pour celles et ceux qui sont perçus comme plus faibles (toutes les femmes, les queers, les drag queen, etc.)


Quand la soirée se termine, tu ressens le besoin de redevenir un mec bien sous tous rapports ?

Comme je le disais ce n’est pas si binaire chez moi, je ne me sens jamais vraiment mec et encore moins femme. Et quand je me démaquille le seul truc que je me dis c’est « putain de bordel de merde pourquoi je m’impose ça ?! » en soulageant mon visage des 400 grammes de maquillages et des 14 gaines et collants qui me coupent toute circulation depuis des heures ! Être une Drag Queen c’est tellement pas confortable !


Comment as-tu commencé ?

En squat à Marseille (d’où je suis originaire) y a une grosse dizaine d’années, puis j’ai créé mon personnage à Lyon en 2015, toujours en squat. En général les squats sont des espaces plutôt sécurisés pour ce genre de choses et j’ai su rencontrer les bonnes personnes qui m’ont bien accompagné.


Pourrais-tu m'expliquer précisément la différence entre être travesti et être drag ?


Le mot «travesti» est un peu désuet. À l’origine c’était un terme un peu fourre-tout utilisé dans une société qui ne connaissait pas ces pratiques et le concept même de genre. Du coup on l’utilisait autant pour désigner une femme ou un homme trans, qu’un transformiste (qui imite une star : Madonna, Cher, Dalida etc.) ou une dragqueen. Avec le temps, ce mot est devenu très péjoratif. Une dragqueen est une créature de la nuit (le plus souvent mais pas que) avec l’idée de « performer » le genre avec excès. Après j’aime bien le mot « travelo », c’est un peu comme quand je dis « pédé », je m’approprie une insulte. Donne-moi du mépris, je t’en fais de l’amour !





Ta famille est-elle au courant que tu fais du drag. Si non, penses-tu leur dire, un jour ?

Ma famille est parfaitement au courant et me soutient totalement ! Fifi fait parti de la famille et j’ai même fabriqué avec mon papa mon miroir lumineux avec lequel je me maquille (non en fait c’est lui qui a tout fait, je me suis contenté de le regarder en critiquant). J’ai beaucoup de chance coté famille, mais ça ne s’est pas fait du jour au lendemain… l’acceptation est un processus qui aime prendre son temps, et beaucoup d’amour.


Qu’évoque la notion de liberté chez toi ?

Vous avez 4h, calculatrice non autorisée.


Est-il facile d'être un Drag Queen aujourd’hui en France ?

Je ne sais pas si c’est facile mais disons qu’on est plus visibles. L’émission de télé-réalité Rupaul’s Drag Race a donné énormément de visibilité à cette culture et ça a créé beaucoup de vocations. Le revers de la médaille c’est qu’il y a une uniformisation de toutes les Drag Queen: elles se maquillent toutes pareil, parlent pareil (en anglais…), font les mêmes performances et de la même façon… C’est 50 nuances d’Aquaria ! Je les appelle « les Drag Queen de salle de bain » genre elles reproduisent ce qu'elles voient à la télé et je trouve ça navrant, même s’il faut reconnaître beaucoup de talents. Venant de l’underground, je ne me sens pas proche du tout de cette culture. À la base si je fais ça c’est pour me libérer des codes qui m’étaient imposés, c’est pas pour me retrouver soumise à d’autres codes imposés par d’autres ! C’est pas Rupaul qui m’a dicté mes codes, non non ! Tiens ça répond peut-être à la précédente question ?






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