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  • Cerbere

Lettre d'amour au peuple de France.



Cher Peuple de France,

je t’aime.

Oui, c’est vrai, je t’aime. Je t’ai toujours aimé. J’aime l’Homme, l’humain, les rencontres, c’est ma nature. C’est je le crois, au fond notre nature à tous et s’il y a bien un peuple que j’aime, c’est le Peuple de France

J’aime quand tu râles, j’aime quand tu cries, j’aime ton humour, j’aime ta liberté, j’aime ta folie. J’aime tes accents, j’aime ta couleur, j’aime ta diversité, j’aime ton coeur.

J’aime ta franchise également et comme moi aussi je suis français, je vais l’être avec toi, franc.

Si je te dis tout ça, ce n’est pas pour te flatter, bien au contraire. C’est parce qu’aujourd’hui tu es certainement comme moi, confiné chez toi (d’ailleurs tu as plutôt intérêt) et que tu trouves peut-être le temps long.

Et je suis sûr que ce qui t’ennuie le plus, ce n’est pas d’être confiné seul, en famille, en couple avec ou sans enfants, mais d’être stigmatisé depuis plusieurs jours, quotidiennement en ayant l’impression d’être responsable de cette pandémie qui se propage.

Cette petite grippette que les autorités ne craignaient pas, puisque nous sommes la France !

Puisque nos hôpitaux sont prêts. Ces mêmes hôpitaux qui agonisent et sont en grève depuis plus d’un an et à qui l’on répond en ricanant, qu’il n’y a pas d’argent magique. Ce corps médical qui travaille pour une partie avec des masques périmés voire sans masque alors qu’il y a encore quelques semaines de cela, Agnès Buzyn et le chef de la Police annonçaient que nous n’en manquerions pas.

Alors pourquoi s’inquiéter ?

Aucun danger. Allons voir l’OL affronter l’équipe italienne de la Juventus fin février, en pleine épidémie de coronavirus car le maire de Lyon et le ministère de la Santé l’ont dit, il n'y a pas lieu d'être inquiet.

Aucun danger. Allons au théâtre puisque M Le Président et son épouse y vont eux aussi début mars pour envoyer un message fort aux français : il faut sortir et continuer à vivre malgré l’épidémie.

Aucun danger. Allons travailler dans des entreprises de plus de 1000 personnes puisque comme l’annonçait Muriel Pénicaud, Ministre du Travail, début mars, ce n’est pas dangereux.

Puis soudain le danger ! Bel et bien là. Enfin disons qu’on est obligé de le voir, on ne peut plus l’éviter. Iceberg droit devant. Le patient à qui l’on répétait depuis des semaines, qu’il n’avait plus que quelques mois à vivre, comprend. Mais il n’accepte toujours pas.

Alors on ferme les écoles, les bars, les restaurants. On interdit les rassemblements de plus de 100 personnes. Mais comme le patient n’accepte toujours pas, il riposte !

Du coup, aucun danger. Allons voter puisque nous avons pour garantir notre protection, des armes redoutables : des gestes barrières, du gel hydroalcoolique et des distances de sécurité.

On vous le dit, on vous le répète ! Nous sommes prêts, nous ferons face puisque nous somme la France !

Alors aujourd’hui, si nous en sommes là, comprends bien que c’est de ta faute Peuple de France.

Tous les jours sur les chaînes d’informations on te sermonne, on te montre ces indisciplinés de France qu’il te faut haïr, qu’il te faut toi aussi sermonner sur les réseaux sociaux car ce sont eux les vrais responsables.

Ne crois pas que je les félicite ou que je les défends, loin de là. J’ai moi-même des élans de colère et de rage lorsque je vois ces images dans certains marchés ou au bord de la mer où la vie continue presque comme si de rien n’était. Oui, nous ne sommes pas en vacances.

Mais si on prend un peu de recul, combien sont-ils en France à faire cela ? Ce chiffre s’il venait à être porté à notre connaissance, représenterait-il plutôt 1% ou 99% des 67 millions de français que nous sommes ?

Ne s’agirait-il pas là de diviser pour mieux régner ? Faire en sorte qu’on s’éloigne les uns des autres, qu’on se méfie de son prochain, qu’on rejette la faute sur son voisin, qu’on le jalouse ? Le Peuple de France ne connait malheureusement que trop bien ce chemin vers lequel on nous pousse et le prix à payer si nous cédons à l’emprunter. Un prix de larmes et de sang.

Pendant qu’on ne parle que des indisciplinés de France, de qui ne parle-t-on pas ? Qui ne prend pas ses responsabilités ? Qui ne répond pas de ses actes ?

Et bien ceux-la même qui répondent, aux si peu de journalistes qui osent leur poser la question, que le temps n’est pas à la polémique mais à l’unité nationale.

Notre gouvernement. Nos hommes politiques. Des hommes excisés de leur « H » majuscule.

Un gouvernement totalement déconnecté qui s’étonne de son manque d’autorité dans un moment si grave, quand la seule façon qu’il a de gouverner depuis 3 ans, c’est par la force.

Un gouvernement totalement sourd aux souffrances du Peuple de France et qui lui répond avec mépris et avec violence. Une violence policière et parlementaire.

Un gouvernement qui utilise, et utilisera j’en suis sûr, ce drame pour faire passer des lois qui saccageront une nouvelle fois nos droits sociaux. J’en veux pour preuve le projet de loi d’urgence sanitaire voté hier.

Nous allons une fois de plus être mis à contribution pour sauver l’argent, l’argent, l’argent en sacrifiant notre temps et nos libertés au nom de l’effort national.

Peuple de France, je sais que tu es solidaire, fraternel et je suis sûr que tu le ferais sans hésiter ce sacrifice, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. Sauf que tu sais que cet effort collectif n’aura de collectif que le nom. Que ce « nous » inclus toujours « les mêmes » : ceux qui sont à la peine et se saignent déjà aux quatre veines.

Comment pourrions-nous accepter ce sacrifice pour soutenir un modèle économique à bout de souffle, à la quasi apogée de son effondrement pour que les 1% les plus riches de la planète continuent à profiter de la vie en toute quiétude ?

Comment pourrions-nous accepter de payer les pots cassés à la place ces hommes sans « H » majuscule lorsqu’ils sont, et ont été, si arrogants depuis le premier jour de cette crise ? Qui, dans un moment pareil, ne font même pas l’usage de l’humilité face à la puissance de la Nature qui leur rappelle pourtant à quel point la vie humaine est fragile et « n’a pas de passeport » ?

Cette crise économique à venir c’est celle de tout un système. Un système dont nous faisons partis et clairement, nous avons aussi notre part de responsabilité dans tout cela, je ne dis pas le contraire. Je ne le nie pas. Mais cette crise c’est d’abord la vôtre !

Si vous aviez pris au sérieux cette menace, si le confinement avait eu lieu bien avant, si comme toujours l’argent n’avait pas guidé vos premières prises de décisions, s’il n’était pas passé avant l’humain, la grave crise économique à venir n’aurait jamais eu cette ampleur. La « stratégie » du confinement, vos experts l’ont dit, fonctionne efficacement lorsque l’on prend cette décision rapidement, au tout début d’une épidémie ! Ce que vous n’avez pas fait ! Il suffit de voir le nombre de morts et de personnes contaminées chaque jour en France, en Espagne et en Italie ! Et pourtant nos voisins italiens vous imploraient de prendre la mesure du tsunami qui nous attendait en réagissant au plus vite.

Quelle a été votre réponse ? L’arrogance.

« La situation italienne n'est pas aujourd'hui la situation française »

Et bien c’était justement ça l’enjeu crucial ! Que cette situation ne devienne pas la nôtre.

Alors par pitié pour une fois, ayez la courage de prendre les bonnes décisions ! Mettez la valeur de la vie au dessus de tout le reste. Et ayez s’il vous plaît, la décence de ne pas nous faire la leçon du matin au soir en continuant à vous foutre de nous et en nous prenant de haut !

Cher Peuple de France,

si je t’écris ce message c’est avant tout car je constate que lire des textes dans lesquels parfois on se retrouve, cela nous fait du bien. Ça apaise parfois notre colère et franchement en ce moment il y a de quoi l’être ! J’espère un peu en ce sens avoir pu t’être utile.

Cela nourrit également une chose essentielle voire vitale pour nous tous. Un mot auquel il faudra croire tous ensemble pour supporter les jours à venir : l’espoir

Alors même si tu n’es pas réputé pour avoir bonne mémoire, j’espère qu’après ce moment historique qui marquera certainement notre esprit au fer rouge, tu auras le courage de reprendre ton destin en main et de ne plus le laisser entre celles de ces hommes sans « H » majuscule.

Cher Peuple de France, soyons forts, soyons unis.

J’ai si hâte de pouvoir à nouveau te serrer dans mes bras.

Prends soin de toi.

Je t’aime.

Julien Weber, un français du Peuple de France.